La situation est
"globalement mauvaise", mais les chiffres
"ne sont pas aussi alarmants que les années précédentes". Le
bilan
annuel de Reporters sans frontières (RSF), publié mardi 30 décembre,
rapporte ainsi qu'en 2008 soixante journalistes et un collaborateur des
médias ont été tués. Ce chiffre est en net recul par rapport à 2007, où
quatre-vingt-six journalistes et vingt de leurs collaborateurs avaient
été tués. Les arrestations ou interpellations ont également reculé,
touchant 673 journalistes, contre 887 en 2007.
Les pays les plus meurtriers pour les journalistes ont été l'Irak
(15 tués), le Pakistan (7 tués) et les Philippines (6 tués). En
Afrique, trois journalistes ont été tués cette année, contre douze en
2007. Mais ce recul s'explique surtout "par le renoncement de nombreux professionnels à exercer leur métier" ainsi que par "la disparition progressive des médias en zones de conflit", notamment en Somalie, selon RSF. En Irak (31 arrestations), l'armée américaine "continue à gérer la
situation sécuritaire en faisant parfois incarcérer les collaborateurs
de médias étrangers ou les journalistes locaux", indique RSF. En Chine (38 arrestations), l'année olympique "a servi de prétexte pour de nombreuses incarcérations", tandis qu'en Birmanie (17 arrestations), le "raidissement de la junte a été payé de leur liberté par de nombreux journalistes ou blogueurs critiques", ajoute l'organisation.
"DÉPLACEMENT" ET "DIVERSIFICATION" DE LA RÉPRESSION
La censure est également en repli – avec 353 médias censurés recensés
par RSF, contre 528 en 2007 –, tout comme les enlèvements de
journaliste (29 contre 67 en 2007). Concernant Internet, pour la
première fois, un blogueur a été tué alors qu'il effectuait un
travail de "journalisme citoyen", note RSF : l'entrepreneur
chinois Wei Wenhua a été battu à mort par des officiers municipaux le 7
janvier après avoir filmé une altercation avec des manifestants à Tianmen, rappelle l'organisation.
"Le
triste spectacle d'un journaliste menotté est quotidien, ou presque,
sur tous les continents. La prison est la réponse la plus fréquente des
gouvernements aux remises en cause. Et les assassinats (...) ne font
quasiment jamais l'objet d'un procès", déplore RSF, pour qui la répression s'est "déplacée et diversifiée". La "réaction
épidermique de certains gouvernements envers les sites 'collectifs'
commence à entraîner des phénomènes de 'censure de masse',
notamment des réseaux sociaux", indique RSF, qui note la censure de
Twitter (en Syrie) ou de Facebook (bloqué en Syrie et en Tunisie,
filtré en Turquie et aux Emirats arabes unis).
RSF
a recensé des actes de censure d'Internet dans 37 pays, notamment en
Chine, en Syrie et en Iran, mais aussi dans des démocraties comme en
Thaïlande ou en Turquie. Au total, 1 740 sites d'information ont été
fermés ou suspendus en 2008, contre 2 676 en 2007. En outre, le nombre
de blogueurs interpellés a fortement augmenté, avec 59 interpellations
contre 37 en 2007.